samedi 10 mars 2012

Qu’est-ce que l’économie ?


L’économie est souvent décrite comme la plus molle des sciences dures ou
la plus dure des sciences molles. Elle partage avec les autres sciences
sociales une ontologie par laquelle des acteurs agissent intentionnellement
pour donner naissance à des phénomènes collectifs. Elle partage avec les
sciences dures une épistémologie fondée sur des modèles formalisés qui
permettent une simulation aisée des phénomènes. Elle a ainsi longtemps
cultivé des caractéristiques spécifiques qui tendent peu à peu à s’estomper.

ONTOLOGIE DE L’ÉCONOMIE
L’ontologie des disciplines scientifiques est fondée sur des principes
généraux, qui s’appliquent parfaitement à l’économie. L’univers est
structuré en niveaux emboîtés d’organisation, chacun caractérisé par
des entités spécifiques en interaction dans un environnement
commun. Le fonctionnement des entités d’un niveau (qualifié de
macroscopique) est expliqué par les entités de niveau inférieur (qualifié
de microscopique). Les différences entre économie et autres
sciences sociales reposent alors sur la mise en oeuvre de schémas
d’explication spécifiques.
Niveaux d’organisation
La discipline économique distingue trois niveaux d’organisation
essentiels, chacun caractérisé par des entités propres. Le niveau intermédiaire,
le « niveau actorial », est formé par des acteurs économiques
qui ont des comportements autonomes. En fait, l’économie a pris
l’habitude de considérer comme des acteurs autonomes non seulement
des individus, mais des entités collectives (entreprises, syndicats). Le
niveau supérieur est le « niveau social », qui est le siège de phénomènes
socio-économiques divers (distribution des revenus, relations
privilégiées, prix, phénomènes de croissance). Il comprend en particulier
des institutions, conçues comme des entités favorisant la coordination
entre les acteurs (normes, monnaie, marchés). Le niveau inférieur est
le « niveau mental », formé des états mentaux attribués aux acteurs
(individuels ou collectifs). Il s’agit plus spécifiquement des croyances et
des préférences des acteurs (et de leurs opportunités). Plus récemment,
un niveau encore inférieur a été considéré, le « niveau neuronal »,
formé des neurones du cerveau.
Chaque niveau est décrit par les propriétés attribuées aux entités, par
des liaisons entre ces entités et par l’environnement global. Les liaisons
peuvent définir un réseau préalable entre les acteurs ou être tissées par

les acteurs eux-mêmes. L’environnement est lui-même formé d’un
contexte matériel et des éventuelles entités du niveau supérieur. Au
niveau neuronal, les neurones ont un comportement très simple et
communiquent dans des processus beaucoup plus complexes. Au
niveau mental, les états mentaux de base sont souvent traités comme
relativement indépendants entre eux, mais sont fondamentalement
conditionnés par le contexte. Au niveau actorial, les acteurs posent des
actions autonomes ou interagissent avec leurs congénères par des interactions
variées, dans un contexte matériel et institutionnel donné. Au
niveau social, les phénomènes socio-économiques se conditionnent
les uns les autres, dans un contexte socio-juridique commun.
Le cadre ontologique est très bien décrit par la théorie des jeux, qui
décrit les rapports stratégiques entre acteurs à un niveau élevé de généralité.
Annexée par l’économie, elle est définie comme la discipline
qui étudie les choix interdépendants entre des acteurs autonomes. Elle
considère des joueurs qui élaborent des actions de type quelconque
dans un face-à-face sans médiation institutionnelle. Les joueurs ont des
préférences qui dépendent tant de leurs actions que de celles des autres,
dans la mesure où elles s’exercent sur des conséquences communes. Ils
ont des opportunités indépendantes qui délimitent le domaine des
actions possibles, ces actions pouvant se dérouler dans le temps. Ils ont
enfin des croyances qui portent sur leur environnement commun, mais
aussi sur les actions et les états mentaux des autres, ce qui engendre des
croyances croisées. Finalement, les joueurs peuvent jouer un jeu (statique
ou dynamique) unique ou un jeu répété sur un horizon fini ou infini.
Des propriétés plus spécifiques sont introduites dans un contexte
particulier, ainsi des échanges de biens. L’économie apparaît alors sous
sa forme traditionnelle d’étude des phénomènes de production,
d’échange et de consommation de biens. Les biens sont simplement
des entités suffisamment divisibles et manipulables pour faire l’objet de
transactions indépendantes. Les agents, caractérisés par leurs rôles dans
le processus économique (producteurs, consommateurs), expriment
des offres et des demandes de biens en fonction de signaux particuliers
que sont les prix. Les préférences des agents dépendent des prix et des
biens produits ou consommés, et les croyances des agents portent
sur les protocoles d’échanges (et leurs intervenants). Les institutions
sont des procédures d’échanges (marchés multilatéraux, procédures
d’enchères), encadrées par des institutions plus générales (droits de
propriété, confiance).(A Suivre)